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L’expérience du corps vécu

Alexandre Melay

Chantiers de la Création April 23, 2020 DOI: 10.4000/lcc.3651 (opens in new tab)

Study at a glance

AI-extracted from the abstract
Characteristics Theoretical or philosophical paper Peer reviewed
Key points Argues that Japanese plastic arts are grounded in a temporal, embodied aesthetics rather than a spatial one, in which body and act are part of the work. Contends that intuitive, codified sensations like ki-in and ki-ai, and Zen practices such as zazen and satori, exemplify a 'silent body' that bypasses logical reasoning, and that this lineage extends through Dōgen's Shōbōgenzō, butoh, and the Gutai movement (1954-1972).

Abstract

au Japon est indissociable des notions de « performance » et de « corporalité ». À l’origine, les conceptions plastiques japonaises s’enracinent dans une approche non spatiale, mais temporelle de l’art. Le corps et l’acte lui-même sont considérés comme partie intégrante de la réalisation. Les sensations codifiées de la résonance ( ki-in ) ou la projection de l’énergie ( ki-ai ) fondées sur une appréhension instantanée et intuitive des choses ont quelque chose de spécifiquement asiatique. Ces sensations, très physiques, difficilement explicables par les mots sont plutôt d’ordre cérébral. Ainsi, on observe que les actes chez les Japonais ne passent pas par l’étape du raisonnement logique, ce qui caractérise leur côté extrême ainsi que leur promptitude intuitive, qui parfois empêche toute réflexion. Une sorte de sagesse du corps, un corps en silence qui traduit une esthétique de l’immobilité et du contrôle. Ce « corps qui se tait » se soustrait à la logique et s’exprime par exemple dans l’ Éveil ( satori ) auquel conduit la pratique du zen en posture assise ( zazen ) dans le bouddhisme. On cultive dans le zen l’intuition comme ce qui donne une connaissance soudaine, spontanée, indépendante de toute démonstration naturelle ; l’intuition représente la voie inattendue qui se fait entendre juste au moment nécessaire et qui sert de guide. Car depuis toujours, la culture japonaise a favorisé des mécanismes, qui interviennent à la fois sur le corps ( buttai ) et l’esprit ( hondai ) sans procéder à une quelconque séparation, le mouvement artistique Gutaï (1954-1972) fera émerger un art du sens du geste, de la concentration et de l’intuition, qui ouvriront la voie à des performeurs qui valoriseront le corps, qui inviteront à la méditation, et qui repenseront ainsi notre rapport à l’espace et au temps. Traditionally, Japanese culture has promote mechanisms which operate on both body ( buttai ) and mind ( hondai ) without any separation. In the 13th century, the Master Dôgen introduced Zen buddhism to Japan by explaining in the Shôbôgenzô that the zazen posture allows one to find one’s rightful place and function in the dimension of a united mind-body. With a long tradition of musical and dramatic performances and traditional rituals, after the Second World War, Japan saw birth of butoh performative movement in which artists immersed themselves in action. The influence of the precepts of Zen Buddhism introduced in the Gutaï artistic movement (1954-1972) will bring out an art of the sense of gesture, concentration and intuition, which will pave the way of performers who will value body, invite to meditation, and rethink our relationship with space and time.

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